L’entretien d’un bassin d’orage permet de préserver son volume utile, son fonctionnement hydraulique et la qualité des eaux rejetées. L’accumulation progressive de matières en suspension (MES), de sédiments et de déchets peut réduire la capacité de stockage, colmater les ouvrages et perturber le débit de fuite. Lorsque les eaux pluviales sont susceptibles d’être polluées, la maintenance des dispositifs de prétraitement contribue également à limiter le transfert de polluants vers le réseau, le sol ou le milieu naturel.
Une stratégie de maintenance doit donc associer inspection régulière, nettoyage, curage et contrôle des équipements hydrauliques.
L’entretien d’un bassin d’orage en 5 points
Objectif : préserver le volume utile de stockage, le débit de fuite et la qualité des eaux rejetées.
À surveiller : MES, sédiments, boues, déchets et éventuels hydrocarbures transportés par les eaux de ruissellement.
À inspecter : regards, grilles, drains et canaux d’inspection, dispositifs de prétraitement et organes de régulation.
À entretenir : retirer les déchets, aspirer les boues et sédiments et réaliser un hydrocurage lorsque l’accumulation des dépôts le nécessite.
À tracer : les matières extraites doivent être caractérisées et orientées vers la filière adaptée ; lorsqu’elles sont classées comme déchets dangereux, leur traçabilité est assurée par BSD dématérialisé via Trackdéchets.
Quels sont les risques liés à un mauvais entretien d’un bassin d’orage ?
Un bassin d’orage mal entretenu perd progressivement une partie de ses performances hydrauliques : les sédiments et les boues occupent du volume, les conduites peuvent se colmater et les organes de régulation peuvent ne plus assurer le débit de fuite prévu.
Les eaux de ruissellement ne transportent pas uniquement de l’eau. En circulant sur le bassin versant, elles entraînent différentes matières provenant des toitures, voiries, parkings, espaces verts et autres surfaces aménagées.
Une partie de ces matières est transportée sous forme de matières en suspension (MES) avant de pouvoir, selon leur nature et les conditions hydrauliques, se déposer dans les ouvrages
Que sont les matières en suspension (MES) dans les eaux pluviales ?
Les matières en suspension (MES) sont des particules solides transportées par les eaux de ruissellement sans être dissoutes dans l’eau. Elles peuvent notamment provenir des poussières et particules déposées sur les surfaces, de l’érosion des sols, des matières organiques ou encore de l’usure des chaussées et des véhicules.
Lors d’un épisode pluvieux, le ruissellement entraîne ces particules depuis les toitures, voiries, parkings et espaces aménagés vers le réseau de collecte et les ouvrages de gestion des eaux pluviales. Certaines MES peuvent également transporter des polluants associés aux particules.
Lorsque la vitesse de l’eau diminue, notamment dans les zones favorisant la décantation, une partie des MES se dépose progressivement. Ces particules décantées forment des sédiments qui, en s’accumulant avec d’autres matières au fond des ouvrages, contribuent à la formation de boues.
Il faut donc distinguer les trois notions :
- les MES correspondent aux particules transportées en suspension dans l’eau ;
- les sédiments correspondent aux particules qui se sont déposées par décantation ;
- les boues désignent les dépôts accumulés au fond des ouvrages et susceptibles de devoir être extraits lors des opérations de curage.
Comment l’accumulation des sédiments et des boues réduit-elle le volume utile ?
L’accumulation progressive des dépôts au fond d’un ouvrage occupe une partie du volume initialement disponible pour stocker les eaux pluviales.
À terme, elle peut provoquer :
- une diminution du volume utile de stockage ;
- un ralentissement ou une obstruction des écoulements ;
- le colmatage de certaines conduites ;
- une perturbation des équipements de régulation ;
- une remise en suspension des dépôts lors d’un événement pluvieux important ;
- une dégradation de la qualité des eaux rejetées.
L’entretien ne répond donc pas uniquement à un objectif de propreté : il contribue au maintien des performances hydrauliques prévues lors du dimensionnement.
Débourbeur et séparateur d’hydrocarbures : quand faut-il prévoir un prétraitement ?
Les eaux pluviales susceptibles d’être chargées en sédiments ou polluées par des hydrocarbures peuvent nécessiter un prétraitement avant leur stockage, leur infiltration ou leur rejet. Le dispositif à prévoir dépend du risque de pollution et des prescriptions applicables au projet.
Le débourbeur favorise la décantation des matières lourdes et des sédiments avant leur arrivée dans les ouvrages situés en aval.
Le séparateur d’hydrocarbures est destiné à retenir les hydrocarbures non émulsionnés présents dans les eaux collectées. Il peut notamment être rencontré sur certains sites industriels, zones de circulation, aires de stationnement ou autres surfaces présentant un risque identifié de pollution.
Il ne doit toutefois pas être considéré comme un équipement systématiquement obligatoire pour tout projet de gestion des eaux pluviales. Le besoin de traitement doit être déterminé en fonction :
- de la nature des surfaces collectées ;
- des activités exercées sur le site ;
- du niveau de risque de pollution ;
- du mode de rejet ou d’infiltration ;
- de la réglementation applicable ;
- des prescriptions du gestionnaire ou de la collectivité.
Certains sites soumis à la réglementation des installations classées font par exemple l’objet de prescriptions spécifiques imposant le traitement des eaux pluviales susceptibles d’être polluées.
Pourquoi entretenir le séparateur d’hydrocarbures ?
Un séparateur saturé en boues ou en hydrocarbures ne peut plus assurer correctement sa fonction de traitement.
L’entretien consiste notamment à contrôler le niveau des boues, la quantité d’hydrocarbures accumulée et le fonctionnement des équipements associés : obturateur automatique, dispositif de coalescence lorsqu’il existe, entrée et sortie de l’ouvrage.
La fréquence de vidange dépend du site et de la réglementation applicable. Pour certaines installations classées, la réglementation prévoit par exemple une vidange et un curage lorsque les boues atteignent la moitié du volume utile du débourbeur et, sauf justification particulière, au moins une fois par an.
Quel calendrier d’entretien prévoir pour un bassin d’orage ?
La fréquence d’entretien dépend de la conception de l’ouvrage, de son environnement, de son utilisation et de la quantité de matières transportées par les eaux pluviales.
Une surveillance régulière permet notamment de contrôler :
- l’accumulation de déchets, boues et sédiments ;
- l’état des regards et équipements accessibles ;
- les dispositifs de prétraitement ;
- les organes de régulation ;
- la nécessité d’un curage ou d’un hydrocurage.
Les fréquences d’intervention doivent être adaptées aux caractéristiques du site, aux prescriptions des équipements installés et aux éventuelles obligations réglementaires applicables.
Une inspection complémentaire peut également être nécessaire après un événement exceptionnel, un déversement accidentel ou lorsqu’un dysfonctionnement est constaté.
Comment réaliser le curage et l’hydrocurage d’un bassin d’orage ?
Le curage consiste à retirer les boues, sédiments et déchets accumulés dans l’ouvrage. L’hydrocurage utilise de l’eau sous pression associée à une aspiration pour nettoyer les conduites et équipements accessibles du réseau pluvial.
Les modalités d’intervention dépendent de la conception du bassin, de son accessibilité, de son niveau d’encrassement et des équipements présents. Selon la configuration de l’ouvrage, l’entretien peut notamment comprendre les étapes suivantes.
1. Inspection par caméra
L’opérateur identifie les zones d’accumulation, vérifie l’accessibilité des regards et détermine les parties du réseau nécessitant une intervention.
Le passage d’une caméra permet d’inspecter visuellement les parties accessibles du réseau et de localiser précisément les anomalies avant ou après une opération d’hydrocurage.
Introduite depuis un regard ou un accès prévu à cet effet, la caméra peut notamment permettre d’identifier :
- les dépôts et zones de sédimentation ;
- une obstruction ou un colmatage ;
- la présence de déchets ;
- une détérioration éventuelle des conduites ;
- une anomalie au niveau des raccordements.
L’inspection vidéo peut également être réalisée après hydrocurage afin de contrôler l’état du réseau et l’efficacité de l’intervention.
Pour les bassins enterrés, la possibilité de faire circuler une caméra dépend directement de la conception de l’ouvrage et de l’accessibilité des zones à inspecter.
2. Aspiration des boues et dépôts
Les sédiments et boues accumulés sont aspirés à l’aide d’un véhicule hydrocureur ou d’un équipement adapté. Une attention particulière doit être portée aux zones de décantation, regards, ouvrages de prétraitement et points bas.
3. Hydrocurage des conduites
Des jets d’eau sous pression permettent de décoller les dépôts présents sur les parois et de les ramener vers un point permettant leur aspiration. L’accessibilité du réseau est donc un élément important dès la conception de l’ouvrage.
4. Contrôle après intervention
Après nettoyage, l’état des conduites, regards et équipements est vérifié afin de détecter une détérioration, une obstruction résiduelle ou une anomalie.
5. Évacuation et traçabilité des déchets
Les matières extraites doivent être caractérisées et orientées vers une filière adaptée à leur nature.
Lorsque les déchets présentent les caractéristiques d’un déchet dangereux, notamment en présence d’hydrocarbures, leur traçabilité doit respecter la réglementation applicable aux déchets dangereux. Le suivi est réalisé au moyen d’un bordereau de suivi des déchets (BSD) dématérialisé via Trackdéchets.
Les documents de suivi des interventions et d’évacuation des déchets doivent être conservés conformément aux obligations applicables au site.
Comment inspecter les organes de régulation du bassin ?
Un bassin parfaitement curé peut malgré tout dysfonctionner si son dispositif de régulation est obstrué ou endommagé. Le contrôle du débit de fuite fait donc partie intégrante de la maintenance.
L’inspection porte notamment sur :
- les régulateurs à vortex ;
- les ajutages calibrés ;
- les vannes ;
- les conduites de sortie ;
- les regards de régulation ;
- les dispositifs anti-retour lorsqu’ils sont présents.
Pourquoi prévoir la maintenance dès la conception du bassin d’orage ?
Un bassin d’orage est plus facile et moins coûteux à entretenir lorsque l’accessibilité des équipements a été pensée dès sa conception. Regards d’accès, possibilités d’inspection, zones de décantation accessibles et organisation du réseau conditionnent directement les futures opérations de maintenance.
Cette réflexion est particulièrement importante pour les bassins enterrés, où les équipements ne sont pas directement visibles depuis la surface.
L’objectif est de permettre :
- l’inspection des différents niveaux du système ;
- l’accès aux zones susceptibles d’accumuler des sédiments ;
- l’introduction des équipements d’hydrocurage ;
- l’aspiration des boues ;
- le contrôle des entrées et sorties ;
- l’accès aux organes de régulation.
Retrouvez le guide complet du bassin de rétention pluviale pour anticiper ces contraintes dès la phase de conception.
Un plan de maintenance associé à une conception permettant l’inspection et le curage contribue ainsi à préserver le volume utile, le débit de fuite et la qualité des rejets pendant toute la durée d’exploitation de l’ouvrage.
Sources et Références :
- AFNOR – NF P16-442 : Mise en œuvre et maintenance des séparateurs de liquides légers et débourbeurs
- AFNOR – NF EN 858-2 : Installations de séparation de liquides légers (par exemple hydrocarbures) – Partie 2 : choix des tailles nominales, installation, service et entretien
- Ministère de la Transition écologique – Traçabilité des déchets, terres excavées et sédiments : réglementation et dématérialisation des bordereaux de suivi des déchets dangereux via Trackdéchets.
- Ministère de la Transition écologique – Déchets dangereux : identification, classification, gestion et traçabilité des déchets dangereux.
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